L’opposition ivoirienne franchit un nouveau cap. Le PPA-CI (parti des peuples africains-Côte d'Ivoire) annonce le dépôt imminent d’une plainte auprès du Commissariat des droits de l’homme de l’ONU pour contester la nomination à la tête du Conseil national des droits de l’homme d’un militant revendiqué du RHDP.
Face à la presse ce jeudi 16 avril 2026, Koné Katinan, président du Conseil stratégique et politique du PPA-CI, n’a pas mâché ses mots. Il a dénoncé une « mise sous tutelle politique » du Conseil national des droits de l'homme (CNDH) , estimant que cette désignation « fragilise gravement la crédibilité de l’institution et consacre sa politisation ». Selon lui, « un organe chargé de défendre les citoyens ne peut être dirigé par un acteur ouvertement engagé pour le pouvoir ».
Dans son argumentaire, le parti d’opposition se montre sans détour et inscrit cette décision dans une dynamique politique plus large : « Depuis le 11 avril 2011, le RHDP a lancé une croisade contre les acquis démocratiques, les libertés individuelles et les droits de l’Homme. » Pour le PPA-CI, cette nomination n’est pas un acte isolé mais « le prolongement » de cette trajectoire jugée liberticide.
Au cœur de la contestation, la question de l’impartialité. Le nouveau président du CNDH est décrit comme un « militant affiché », statut qu’il aurait lui-même revendiqué à plusieurs reprises sur des plateaux télévisés. Une posture jugée incompatible avec les exigences de neutralité attachées à une institution censée arbitrer les litiges entre l’État et les citoyens.
Le PPA-CI invoque également une violation claire des textes encadrant le CNDH. D’une part, l’article 15 de la loi de 2018 sur l’institution, qui impose la prise en compte du genre dans la composition du bureau, manifestement non respectée. D’autre part, l’article 16, qui exige du président « probité, respectabilité et impartialité ». Sur ce dernier point, Koné Katinan a insisté : « L’engagement politique assumé du concerné est en contradiction flagrante avec les exigences de la loi. »
Pour le PPA-CI, cette nomination « indécente » traduirait une volonté de contrôle politique des mécanismes de protection des droits humains. En portant l’affaire devant les instances internationales, le parti entend internationaliser le débat et alerter sur ce qu’il considère comme une dérive institutionnelle grave en Côte d’Ivoire.
Au-delà du cas du CNDH, cette affaire relance le débat sur l’indépendance des institutions et l’état des libertés publiques dans le pays.
Yves Kouassi



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